Publié le jeudi 24 juillet 2008

Le SPVM sur un nouveau terrain de jeu

24 07 2008

On apprend aujourd’hui que le SPVM, la police de Montréal, s’est trouvé une nouvelle mission en allant jouer dans les plates-bandes de l’entreprise privée. Il a créé une division du développement des affaires pour offrir des services qui sont généralement offerts par les entreprises de sécurité. Dans la dernière année, cette division aurait généré des revenus de 2,3 millions de dollars en assurant entre autres la sécurité du Festival Juste pour rire et du secteur commercial du centre-ville. Il faut arrêter ça tout de suite. C’est indécent d’utiliser l’argent public pour concurrencer l’entreprise privée.

Les services de police n’ont aucun mandat commercial. Nous payons très cher pour leurs services et il est indispensable que tous leurs moyens soient entièrement consacrés aux services des citoyens et à la lutte à la criminalité. Ils se plaignent toujours de manquer d’argent pour réaliser leur mission. C’est probablement ce qui justifie la commercialisation de certains services pour générer des revenus supplémentaires. Le problème, c’est que les critères de rentabilités normaux ne peuvent pas s’appliquer dans les services publics. Il est impossible de savoir si en fin de compte le service commercial est vraiment rentable. Je le sais, j’ai vécu la même chose dans un organisme public fédéral. Par exemple, on ne calcule jamais dans les coûts de commercialisation les frais indirects des services fournis par l’organisation comme l’implication du personnel périphérique qui ne fait pas partie du service, mais qui y collabore. Et si on le fait, ce n’est que partiellement. Le patron qui est responsable de la division, le supérieur du directeur du service commercial, peut passer plusieurs heures par semaine à ce travail qui n’est pas comptabilisé parce qu’il ne fait pas partie du service. C’est la même chose pour une foule de services internes comme la fabrication des horaires de travail, le service de la paye, l’approvisionnement en uniformes, etc.  En ce qui concerne les policiers qui supervisent les cadets qui travaillent sur le terrain, on ne calculera que leur salaire horaire sans compter les avantages sociaux et la perte de productivité puisque pendant ce temps-là, ils ne font pas le travail policier pour lequel ils sont payés. Tous ces coûts qui ne sont pas comptabilisés quand vient le temps de calculer la rentabilité sont toujours plus élevés que l’évaluation qu’on peut en faire parce que plusieurs employés vont collaborer sans qu’on leur demande, car c’est excitant pour le personnel de s’impliquer dans une nouvelle aventure qui les sort de leur routine. Même en supposant que le service soit vraiment rentable, il y a un autre problème, c’est l’utilisation des profits. S’ils sont utilisés au service de la population, c’est un plus. Mais s’ils sont utilisés pour décorer les bureaux, ça ne sert strictement à rien. Qui prend ces décisions, selon quel critère? Le SPVM a l’obligation d’en informer la population. Finalement, les services de police se plaignent aussi de manquer de policiers pour mener des enquêtes criminelles. Ce n’est pas en créant de nouveaux besoins qui n’ont rien à voir avec leur mandat, que le problème va se régler.

De leur côté, les entreprises privées doivent tenir compte de tous leurs coûts pour déterminer leur rentabilité. Si elles font des profits, elle paye dans impôts. Mais pour en arriver là, elles doivent trouver du crédit pour financer leurs activités et leur développement tout en se battant contre la concurrence. Cela le SPVM n’a pas besoin de le faire parce qu’elle se finance à même son budget qui vient de nos impôts et qu’elle n’a pas besoin de survivre à la concurrence pour assurer sa pérennité. Je n’accepte pas que mes impôts servent à cette fin à moins que le SPVM prouve que son service est vraiment rentable, que les profits sont bien utilisés et que cela ne met pas en danger la survie des entreprises privées de sécurité.